Cet ouvrage, qui relate la vie accidentée d'un malade alcoolique,
peut frapper par la truculence parfois amère mais jamais
déplacée de ses propos.
Au contraire, l'amalgame entre la drôlerie, la tristesse, le cynisme déroutant, l'inconscience ou l'abattement constitue l'élément clé
de ce livre qui se veut réaliste.


256 pages - 14.8 x 21 - Fr. 27.--


Extraits

     Il y a apparemment à l'intérieur de l'homme Labraise une lutte farouche entre des envies qu'il ne peut refréner et le refus de travailler de la part de son foie qui est engorgé. Rouget est furieux, il s'en veut d'avoir provoqué cette situation par ses excès mais pour déculpabiliser, met la faute sur le docteur Roland, le marchand de pilules. Sa lassitude le pousse à se recoucher mais la crainte des envies de rendre l'en empêche.
      « Je vais me voter encore une bonne tisane après quoi je serai bon. »
      Il a tellement envie de consommer que seule cette obsession compte. Pressé de parvenir à ses fins, il coupe sa tisane avec de l'eau froide et la boit rapidement. Trop, une fois de plus. Il erre à nouveau d'une chambre à l'autre comme si chacun de ses pas, par le simple mouvement du corps qu'il provoque, pouvait accélérer le processus bienfaiteur de l'infusion. Hanté par son vin rouge il n'attend que quelques minutes, décapsule un demi et s'en verse un verre qu'il boit avec une fébrile résolution. Il l'écoute descendre, analyse  sommairement  la réaction de ses organes et

conclut que le liquide s'est frayé un heureux chemin dans sa boutique.
     Pauvre Labraise. La planète tout entière tient dans sa bouteille dont il contemple le solde à la lueur d'un rais de lumière filtrant à travers les volets mi-clos.
      « Il a passé ce verre, c'est merveilleux. La tisane de Prune est un don du ciel. »
      Sa main devenue sûre, Labraise juge superflu de s'embarrasser encore du verre. Il porte le demi à sa bouche, y tète comme un veau, manquant d'asperger ses habits lorsqu'il reprend son souffle et solde le flacon. Il exprime alors sa satisfaction par un bruit buccal qui ne se termine pas aussi bien qu'il l'aurait souhaité puisqu'il est immédiatement suivi d'un vomissement aussi subit qu'inattendu. Debout devant son lit, hébété, Rouget voit son rouge ressortir comme il était entré et s'en aller tapisser la moquette, le plancher, l'armoire et la table de nuit. Pris de panique, il hurle presque.